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Exposition de Françoise Grange, Les boucs émissaires

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Culture Du samedi 03 octobre 2020 au dimanche 18 octobre 2020

Exposition de Françoise Grange, Les boucs émissaires

Du samedi 3 octobre au dimanche 18 octobre 2020. Tous les jours de 14 h à 19 h, sauf le 18 octobre de 14 h à 17 h

LES BOUCS ÉMISSAIRES - présentation de l'exposition

En créant « Née Fille », j’ai essayé de comprendre ce qui pouvait amener un bourreau à accomplir de tels actes de cruauté. Et, en éliminant les raisonnements pervers de certains psychopathes misogynes, je n’ai trouvé d’autre réponse que celle d’Hannah Arendt quand elle évoque « l’absence de pensée ».

Cette absence de pensée, de réflexion, de responsabilité, peut laisser la place à une idéologie. C’est plus facile : je ne me pose pas de questions, j’obéis à des règles toutes faites dictées par la tradition « on a toujours fait comme cela » ou par la religion « c’est la volonté de Dieu » ou encore par une idéologie totalitaire « les ordres du pouvoir sont indiscutables ». Ainsi je ne suis plus responsable de mes actes, je suis seulement loyal envers ma religion, mon groupe social ou mes dirigeants. Mes actes sont légitimes. J’accomplis mon devoir sans conscience morale comme le racontent les témoignages des Hutus, recueillis par Jean Hatzfeld, qui avaient un travail à accomplir dans la journée, tuer le plus de personnes possible : « on avait un boulot à parachever. Voilà tout. » Le même déni de responsabilité se retrouve dans les interventions des nazis au cours des différents procès, ainsi que dans les récits de tous les criminels de guerre lorsqu’ils sont acculés à dire la vérité.

« La banalité du mal » dont parle Hannah Arendt se retrouve dans les « violences ordinaires » que m’ont décrites les femmes victimes.
La tradition veut qu’on continue à exciser et à infibuler, qu’on marie de force une petite fille, qu’on enferme une veuve dans une case obscure pendant un an, ou qu’on la marie au frère du défunt, qu’on impose aux femmes un rôle de reproductrices sans aucun droit ni considération etc…
L’extrémisme religieux permet, encore à notre époque, la lapidation d’une femme violée, autorise les mariages temporaires (qui ne sont qu’une forme de prostitution forcée), interdit aux filles l’éducation, exige des femmes qu’elles cachent chaque cm de peau, enferme l’épouse en la privant de ses droits… La liste est très longue, trop longue.
Ces hommes obéissent à des règles souvent tellement anciennes qu’ils n’en connaissent pas l’origine, pour ne pas se couper de la société dans laquelle ils vivent. Et ils le font avec une réelle bonne foi, sûrs de leurs droits, persuadés que la femme est inférieure à l’homme, née impure et tentatrice, sorcière ou putain, indigne d’intérêt et de respect. Elles ont le pouvoir de la procréation, il faut donc les maîtriser, les dominer, les asservir et parfois les punir.

« Née Fille » rend hommages aux femmes qui subissent la barbarie des hommes. De victimes, elles deviennent des héroïnes, par leur résistance, par leur liberté de penser, par leur courage, et par leur amour infini.

C’est en revenant aux sources de la barbarie humaine, en essayant de comprendre comment un être ordinaire pouvait devenir un monstre cruel, comment une foule en colère pouvait basculer dans la haine et avoir le désir de détruire et de tuer, en consultant des documents et des archives sur les différents conflits et génocides à travers le monde et les époques, qu’est né le projet des « Boucs Émissaires ».

Il me fallait parler d’eux : TOUS les boucs émissaires et pas seulement les femmes. Les populations fuyant un génocide, les handicapés victimes d’expériences scientifiques, les Juifs, les Tziganes, les opposants au régime, les Chrétiens ou les Musulmans, ou d’autres païens, les homosexuels, les trans-genres, les Arabes ou les Noirs, les gros, les albinos…etc…etc. Là aussi, la liste est longue.
Persécutés parce que DIFFÉRENTS donc menaçants. À cause des préjugés et des croyances. Persécutés car ces préjugés créent des rumeurs terrifiantes - à notre époque cela s’appelle des fake-news - terriblement dangereuses qui poussent une partie de la société à éliminer l’autre partie. Car la première a peur de la deuxième. Au Moyen-Âge on brûlait les sorcières, maintenant on peut très facilement détruire une vie sur les réseaux sociaux en créant la peur (le complotisme).

PRÉSENTATION DE L’INSTALLATION

L’installation se divise en trois zones :

1 - Les préjugés et croyances superstitieuses.

Des objets que j’ai imaginés et créés évoquent certaines croyances, parfois très anciennes, trouvées dans des livres de sorcellerie comme le Grand ou le Petit Albert et certaines études d’historiens et d’écrivains ethnologues comme celle de Carlo Ginsburg ou de Claude Seignolle. Ces objets sont des poupées-fétiches, des amulettes etc…J’ai prévu une ou deux robes de sorcière et de lépreux pour annoncer la dernière partie « Née Fille ».

Une autre partie de ces préjugés figure sur des petits cartons avec des dessins colorés, suspendus à des fils et traversant l’espace. Sur chacun d’eux, un texte avec par exemple : « je n’aime pas …les Chinois car ils sont trop nombreux «  ou «  je n’aime pas les Noirs car ils sentent le fauve «  ou encore « je n’aime pas les Blancs car ils sentent le cadavre » et bien d’autres choses encore sur les femmes, les policiers, les pauvres, les homosexuels etc… ainsi que les fameuses fake-news qui circulent sans arrêt sur internet en répandant des rumeurs et des peurs malsaines. Ces cartons très actuels seront mélangés avec d’autres textes et dessins du Moyen-Âge, qui déjà, répandaient des peurs et des rumeurs légitimant la chasse aux sorcières, aux lépreux, aux Juifs etc…
Les textes sont très courts et les dessin faciles. Le spectateur n’est pas obligé de tout lire pour comprendre…

Ce que je veux montrer par cette première partie, c’est le danger de certains « gourous » politiques ou religieux qui manipulent les populations par la peur et certaines croyances. C’est, malheureusement, toujours d’actualité. Les conséquences se trouvent dans la deuxième partie de l’exposition : « Exodes «.

2 - Exodes

J’ai choisi de représenter ces populations en danger par des insectes, car j’ai trouvé, dans les documents consultés, beaucoup de citations de bourreaux désignant leurs victimes comme de la vermine, des poux, des cafards…Le fait d’animaliser leurs victimes, en leur faisant perdre ainsi toute humanité, leur permettait de ne pas avoir d’empathie ni de scrupules en les exterminant. L’idée d’un « nettoyage » revient toujours. Et les signes précurseurs comme les phrases racistes et antisémites, ou homophobes, ou sexistes, reviennent aussi. Les insectes sont présentés dans un vivarium vitré dont ils ne peuvent s’échapper.
Un cartel évoque la sélection impitoyable. C’est un texte trouvé sur un site d’entomologiste, à destination des collectionneurs, pour préserver la beauté des insectes après la mort. Les triangles de couleur étaient utilisés par les nazis pour sélectionner les groupes de personnes à exterminer.

La photo d’un très long mur (4m de long sur 30cm de haut) incrusté de ruines raconte les frontières hérissées violemment entre les peuples, celles qui sont censées protéger mais qui enferment, qui privent de liberté et deviennent source de conflits.

Quant aux petites photos de monuments - pensés et construits par des dictateurs - plaquées, calquées, sur des ruines de l’antiquité, c’est une moquerie sur la prétention vaniteuse de ces hommes de dominer le monde et de créer leur propre civilisation.

3 - Née Fille

Cette troisième partie a déjà été exposée plusieurs fois dans des villes différentes.
Les femmes ont toujours été des boucs émissaires très ciblés.
L’installation parle d’elle même. J’ai choisi de représenter les violences faites aux femmes par 12 robes, des dépouilles vides, certaines plaquées sur des supports accrochés au mur, d’autres en volume au centre de la salle. Chaque robe est accompagnée d’un petit texte-poème, à la lecture duquel, on peut connaître la vie de cette femme et ce qu’elle a subi.

  • à l'espace Chabrillan, 127 rue Pierre-Julien 26200 MONTELIMAR
  • 04 75 53 79 24